Evaluer la pollution de l’air émanant d’un sol contaminé, avec Fluxae

Partenaire d’Odometric, Fluxae étudie l’impact d’un sol pollué sur la qualité de l’air environnant. Marie Cors, sa dirigeante, veut mieux prévenir les risques sur la santé émanant de friches industrielles.

Marie Cors, pouvez-vous brièvement nous présenter l’activité de Fluxae ?

Dans le domaine de l’analyse des incidences environnementales, nous nous concentrons sur le rapport entre sol pollué et qualité de l’air. Les polluants présents dans le sol se trouvent sous trois phases, solide, liquide et gazeuse, selon des proportions découlant de leurs propriétés physico-chimiques. La phase gazeuse est naturellement plus mobile que la phase solide, et les échanges avec l’atmosphère sont permanents. C’est pourquoi nous pensons qu’il est essentiel de se préoccuper de ce type de pollution, notamment présente sur certains sites industriels en activité ou laissés à l’abandon. La pollution du sol résulte majoritairement de l’héritage d’activités lourdes, comme la sidérurgie ou l’industrie chimique, mais peut être présente jusqu’au cœur des villes. Des services de blanchisserie et de nettoyage à sec, des stations-services, peuvent engendrer une importante contamination du sol. Notre volonté, à travers notre démarche, est de mieux évaluer les risques pour qu’ils soient mieux pris en considération.

Comment expliquer que ce type de nuisance est jusqu’à présent peu pris en considération ?

Il s’agit d’une pollution invisible. Odometric part généralement de nuisances olfactives, d’une gêne objectivable, pour mener ses analyses de l’air. Pour Fluxae, c’est plus difficile. La pollution que l’on étudie n’est pas perceptible par les sens. Il n’y a pas forcément d’odeur ou de gêne. Cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas présente, mais on n’en a pas conscience. D’autre part, si le risque de pollution sol-eau est aujourd’hui systématiquement pris en considération, ce n’est pas encore le cas pour la contamination sol-air. Beaucoup ont le sentiment que, dans l’air, la dilution des composés volatils est telle que cela ne présente pas de risque. Cette idée, sans doute aussi, arrange beaucoup de monde. Nos analyses ont montré que, au contraire, le risque pouvait être localement important. Notre rôle, dans ce contexte, est de rendre visible ce qui ne l’est pas. Cela passe par l’application de méthodes adaptées pour la qualification de ces risques et le recours à des outils appropriés.

Quels sont ces outils ?

Je réalise des mesures en recourant à des chambres de flux, autrement dit des boîtes, que l’on pose sur le sol. Cet outil permet de mesurer la quantité de composés volatils qui se dégagent du sol par unité de surface et de temps. C’est une méthode à laquelle les bureaux d’étude ont encore peu recours en Belgique, mais connue et très utilisée dans le monde de la recherche. Aujourd’hui, on commence à recommander cette approche pour évaluer l’impact du sol pollué sur la qualité de l’air, intérieur ou extérieur. J’interviens également pour objectiver ce qu’ont prédit les modèles d’évaluation des risques qu’utilisent les experts en sols pollués. Dans ces cas-là, il est fréquent que le modèle surestime le risque et que la mesure vienne rassurer les propriétaires du site.

Constatez-vous une évolution dans la prise de conscience des risques liés à ce type de pollution ?

L’activité de Fluxae se développe depuis deux ans. Bien que la qualité de l’air soit en vogue en ce moment, je constate qu’il y a une méconnaissance des risques d’exposition lors des chantiers de dépollution des friches industrielles. Aujourd’hui, la contamination de l’air par un sol pollué n’est clairement pas suffisamment prise en compte et son impact est le plus souvent ignoré. Les choses évoluent petit à petit. Nos analyses apportent leur pierre à l’édifice, dans une logique la plus préventive possible.

Comment êtes-vous amenés à intervenir sur des sites pollués ?

Mes compétences viennent en support des experts en gestion des sols pollués, le plus souvent quand ils font face à un risque inacceptable signalé par le modèle d’évaluation des risques.  Les mesures que je propose, à la chambre de flux mais également par des prélèvements actifs et passifs dans l’air ambiant, viennent introduire des concentrations réellement mesurées sur le site en lieu et place des estimations d’un modèle nécessairement précautionneux. Une telle intervention peut également être utile avant toute opération de caractérisation d’un site, avant de réaliser   les forages. La chambre de flux permet d’effectuer un screening rapide des zones les plus émissives et une première estimation des composés volatils présents. Cela a du sens pour évaluer les risques pour les riverains, et prendre les précautions requises pour ceux qui sont amenés à évoluer sur un site ou à proximité.

Comment se traduit votre collaboration avec Odometric ?

Nos expertises sont complémentaires et permettent, en partenariat, de mieux qualifier les diverses sources de nuisance et les risques au sein d’un environnement donné. En outre, à travers le projet ECO-IMPACT, nous travaillons ensemble sur les liens qui peuvent être établis entre l’exposition à la pollution et les risques sanitaires. J’interviens aussi avec Odometric sur un autre volet de l’activité de Fluxae, à savoir l’animation de réunions dans un contexte de médiation entre divers acteurs. En cas de nuisance olfactive, il peut y avoir des tensions entre des riverains et un site industriel, parfois même des plaintes. Il y a toujours un intérêt à amener les différentes parties en présence à renouer le dialogue, à exprimer leur point de vue dans le respect des uns et des autres. Cela permet de se comprendre et de mieux envisager des solutions ensemble, plutôt que s’enfermer dans des conflits stériles.

2018-12-20T09:14:54+00:00Par |Partenaires, Uncategorized|